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L'été dernier, une corbeille en osier, abandonnée dans une chambre à la suite d'un déménagement datant de deux ans environ, était trouvée complètement vermoulue et couverte d'un grand nombre de spécimens d'un insecte que je reconnus être Leptidea brevipennis élégant petit coléoptère de la famille des longicornes. Leptidea brevipennis, qui mesure en moyenne 0,005" de longueur sur 1 millimètre à 1 millimètre 5 de large, est déjà pour nous une vieille connaissance. Il y a une dizaine d'années, alors que je remplissais les fonctions de chef de service dans une petite garnison du centre, j'avais déjà eu l'occasion de noter les dégâts commis par cet insecte sur les paniers d'osier du maté- riel de guerre. J'eus d'ailleurs toutes les peines du monde à m'en débarrasser, tout au moins en apparence, et si j'ajoute ces derniers mots, c'est que je me suis demandé, depuis, si quelques sujets, échappés à ma surveillance et aux moyens employés pour les détruire, n'avaient pas après mon départ, continué le travail commencé dans le matériel en question. Je me demande également si les nombreux sujets, récoltés l'été dernier sur cette corbeille successivement transportée, par suite de changement de garnison, de la Haute-Vienne dans l'Eure-et-Loir, d'Eure-et-Loir dans le Loiret et du Loiret dans la Gironde, ne seraient pas les descendants de spécimens introduits primitivement chez moi pour l'étude et dont quelques-uns se seraient échappés par mégarde. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'à Montargis, garnison que j'ai quittée il y a bientôt trois ans, j'avais dû déjà abandonner, complètement vermoulu, un grand panier d'osier qui avait suivi les mêmes étapes que la corbeille citée plus haut, et qui, elle, paraissait à ce moment complètement indemne, alors qu'en réalité elle ne l'était probablement pas.
Un poète a dit : Il n'est fleur ici-bas sans un ver qui la ronge.
En appliquant à la plante et au bois ce que le poète a dit de la fleur on peut affirmer que Leptidea brevipennis est tout spécialement, avec un autre petit longicorne qui lui ressemble beaucoup (Gracilia pigmea), le « ver» rongeur de l'osier sec, comme Aromia moschata est, par excellence, le ver rongeur de l'osier sur pied.
Les mœurs de Leptidea brevipennis sont particulièrement intéressantes : un de mes distingués collègues de la Société entomologique de France, M.Magnin, a bien voulu, il y a longtemps déjà, me documentera son sujet et ce sont ses observations ainsi que celles d'un autre entomologiste, M. Henri Nicolas, et mes observations personnelles, que je vais résumer :
D'après M. Henri Nicolas, Leplidea serait abondant dans le Midi de la France ; si j'en juge par ce que j'ai vu, sa propagation doit se faire avec beaucoup de facilité également dans le Centre et le Nord où les conditions météorologiques ne doivent pas la gêner beaucoup pour une évolution qui se fait, tout naturellement, dans les habitations.
L'instinct génésique paraît, chez cet insecte comme chez beaucoup d'autres d'ailleurs, très développé ; doués d'une très grande agilité, mâle et femelle se promènent fébrilement, dès leur éclosion sur les branches qui leur ont servi d'habitat à l'état de larves ; la femelle semble appeler le mâle par de légers bruissements d'ailes et l'attirer par des poses et des altitudes qu'on peut presque caractériser de provocantes.
Lorsqu'elle est fécondée, alors que le mâle trouve dans la mort, pour employer la phrase classique, un repos bien mérité, elle ne perd pas son temps; elle parcourt les tiges d'osier en tous sens, avec une rapidité et une irrégularité d'allures qui la feraient passer pour une petite folle si la fin n'était là pour justifier les moyens. A l'encontre du mâle, qui a le ventre complètement glabre, elle est pourvue, au-dessous des derniers anneaux de son abdomen, de petits poils qui forment par leur réunion une véritable brosse ; elle ramasse dans sa brosse, en traînant l'abdomen au ras de la tige, les fines poussières qui y sont répandues et c'est alors que, recherchant les dépressions et principalement celles de l'attache pédonculaire des feuilles, elle dépose son œuf. Pendant qu'il est encore frais et gluant, la brosse poudreuse entre en fonction ; par des mouvements de va-et-vient et de rotation de son abdomen, Leptidea revêt cet œuf d'un enduit terreux, d'une sorte de ciment qui sera capable de résister parfois aux plus énergiques frictions et qui indiquera, en outre, à la future larve, la voie qu'elle devra suivre dès son éclosion. De fait, cette larve n'aura d'autre moyen de sortir de sa carapace en ciment que de s'engager sous l'écorce ; elle pratiquera alors, dans ce bois tendre qu'est l'osier, de sinueuses et interminables galeries.
En résumé, tous les gros ouvrages de vannerie sont détruits rapidement lorsqu'ils sont occupés par Leptidea brevipennis, qui choisit de préférence, comme le fait justement remarquer M. Henri Nicolas, ceux où la poussière a pu s'accumuler.
Quels sont les remèdes? Cet insecte s'attaquant de préférence aux osiers recouverts de poussière, des manipulations fréquentes auront pour effet de diminuer, tout au moins, sa propagation. On a recommandé de passer au pétrole les paniers contaminés ; le pétrole, bon insecticide, très diffusible, offre évidemment certains avantages ; il détruira un certain nombre de ces insectes, mais en dehors des dangers d'incendie qu'il présente il restera insuffisant : 1° contre les œufs, parce que l'enduit qui les recouvre forme une carapace très dure qui se laisse difficilement traverser; 2« contre les larves et même contre quelques-uns des insectes parfaits qui, logés dans la profondeur du bois, ne seront pas atteints.
Le mieux est de prévenir l'invasion par un moyen que j'ai indiqué autrefois au Directeur du Service de Santé du 12*' Corps; il consisterait à n'employer pour la confection des paniers d'osier, tout au moins de ceux qui intéressent la défense nationale, que de l'osier qui au moment de la récolte aurait été soumis à une macération de plusieurs jours dans une solution de sulfate de cuivre, et qui serait, de cette façon, imprégné par osmose : comme les bois injectés, il serait inattaquable par les insectes.

Séance du 18 janvier 1911

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